On a tout dit, dans les manuels correspondants, sur le non verbal (attitudes, non-dit, sous-entendus, silences, signaux sociaux, etc.), mais dans la relation de couple, le non verbal, par la force de la fréquentation, perd de son imprécision pour devenir un vrai langage, aussi explicite que la verbalisation.

Le non verbal n’est plus un langage plus ou moins conscient qui trahit les intentions ou les pensées du sujet ; il est le choix des moments où le verbal n’est pas adéquat : les réveils difficiles, les manœuvres d’évitement (dans tous les domaines), les mimiques archi-connues, du genre « quand tu fais cette tête-là, je sais que » … les non-réponses à certaines questions beaucoup plus claires que toutes les réponses, etc. La prodigieuse capacité expressive des gestes simples, comme celui de poser le livre qui nous passionne pour répondre au troisième appel en provenance du jardin. Si l’appelant pouvait voir tout ce que ce geste lent, qui s’accélère seulement dans les derniers millimètres avant de toucher cette table basse, contient, il (elle) regretterait son appel.
La connaissance des goûts (et dégoûts) de l’autre, permet une foule d’actions (et de non-actions), d’attitudes, d’anticipations ou de retards qui peuvent faire de la vie un enfer ou un paradis, au gré du meneur de jeu et la longue pratique permet des raffinements peu accessibles à travers la parole. Celle-ci, dans ses menées les plus agressives ou les plus conciliantes ne peut souvent pas exprimer la moitié de ce que peut contenir un simple regard, un « certain sourire », une pression de main.
Jouer du non verbal est une stratégie qui permet l’usage postérieur de la mauvaise foi (« je n’ai jamais voulu dire ça »), alors que le dit est irrattrapable. On peut même mentir non verbalement, en simulant une impatience que l’on ne ressent pas, mimer une admiration inexistante, feindre une écoute attentive, moins fatigante qu’une participation à la conversation, prétendre être exténué si l’instant indique cette attitude comme la plus productive, etc…
La clé : on peut dire que le non verbal (conscient) est une manière de parvenir aux buts du verbal, en se réservant (hypocritement) le recours à l’accusation d’erreur d’interprétation de la part de l’autre. Cependant, cette utilisation instrumentale du non-verbal suppose une profonde connaissance de l’autre protagoniste.