La spiritualité est un cheminement élevant l’Homme, lui ouvrant une voie autre que la réponse à ses besoins organiques, l’éloignant, sans l’oublier, de son animalité.
La mystique, d’un verbe grec (museo: initier) est une tentative de communication avec l’ineffable, l’inaccessible, l’absolu, le dieu.
La spiritualité passe pour une part, souvent importante, par l’intellect, car elle prend son essor depuis une représentation du monde, donc du savoir intériorisé et souvent de cette facette de l’amour qui s’intéresse à l’ensemble de l’humanité, de l’humanisme.
La mystique est une affaire personnelle entre soi et un absolu, où le reste du monde a peu ou pas d’incidence. Seul compte le chemin vers cet absolu, auquel le mystique s’identifie, mais aussi, psychologiquement, auquel il identifie l’absolu, ce qui, de son point de vue et de façon syllogique, l’identifie, lui à l’absolu qu’il recherche. Dans le cas de la mystique religieuse, le mystique s’auto sanctifie ainsi.
Une autre caractéristique de la mystique, du fait de sa rigidité de pensée, est le misonéisme, qui ferme définitivement l’accès à toute pensée étrangère au but du mystique, à son absolu.
La spiritualité peut être recherchée par un groupe, une philosophie, même par une religion et bien sûr, un individu. Alors que seul ce dernier, par antonomase, peut devenir un mystique, que le terme caractérise dans son ensemble.
Toutes les écoles de pensée et techniquement, de psychologie, considèrent la spiritualité comme un chemin d’anoblissement de l’Homme et ces mêmes institutions regardent la mystique comme une voie unique pour chaque cas, où le discours sur la raison n’a pas d’existence, car l’unicité de ce procédé n’est soumise qu’aux pulsions, intransigeantes, quelquefois jusqu’à la violence, du mystique.
La spiritualité est un mode de vie aux buts élevés pour le mieux-être de son être au monde, mais comme partie de ce monde. La mystique est une tentative de communication avec un absolu, ou n’interfère aucune représentation de monde.
Aucune de ces deux voies n’a besoin d’une base religieuse, encore que les religions, sans discuter leurs fondements d’existence, ont, du fait de leur ancienneté et de leurs nombreux penseurs et exégètes – souvent géniaux – édifié des propositions facilitant certaines formes de spiritualité.
Elles n’ont rien en commun, sauf à prétendre que la mystique serait une version psychopathologique d’une spiritualité exacerbée. Elle serait à la spiritualité ce que la phobie est à la peur.
L’Homme ne peut pas ne pas communiquer.
A part celle avec son semblable, deux grands champs de communication lui sont ouverts. Celle qu’il doit entretenir avec son environnement pour survivre et qu’il tente de dominer et celle qui lui ouvre la porte d’un univers d’interrogations et d’espoir, faite de recherche intérieure, génératrice d’angoisse et d’expectative extérieure, réputée dominante car hors de son influence – contrairement à la communication avec l’environnement – qui concerne les voies propres à le grandir par l’expansion de sa pensée. Cette communication-là est sans réponse, jusqu’à maintenant.
Une communication sans réponse est-elle une communication ? Oui, si les interrogations qu’elle suscite sont susceptibles de trouver des réponses. Non, si ça n’est pas le cas et une part en tous cas de ce mode d’adresse à l’universel a perdu beaucoup de ses droits.
Dès le début de l’humanité, le ciel a fait lever la tête aux hommes, seule échappée de moindre ‘lm, mais une échappée seulement pour leur partie non physique.
Si on veut grandir sans limites, il n’y a que le haut !
Tout le vocabulaire qualitatif va du bas vers le haut : on élève sa pensée, mais aussi la qualité d’un produit, les exigences, le débat, etc.… Il était normal qu’on fasse du ciel le lieu le plus proche de la perfection ; on y a longtemps logé les dieux, on l’a même identifié aux dieux –veuille le ciel que. Avec la connaissance, le ciel n’a cependant fait que s’approfondir quant à ses dimensions et s’enrichir d’images physiques. Il n’a rien livré de plus au plan de la pensée.
Est apparue la séparation entre l’invocation et l’appropriation, par l’intelligence, sinon toujours par la raison, du domaine spirituel. L’invocation confiait à un absolu le soin de soi, la raison l’a pris en charge.
Mais l’introduction de la raison introduit l’un de ses moteurs essentiels : le doute.
Un des premiers grands doutes a probablement porté sur le fait de savoir si la pensée adressée à un ailleurs non physiquement objectif, y allait bien, si elle avait une chance d’atteindre quelque chose. Dit autrement la pensée qui ne concerne pas le monde tel qu’il existe dans notre représentation peut-elle être autre chose qu’un jeu imaginaire ?
Le propos n’est pas mince, car si l’homme peut avoir une pensée qui est autre qu’une fonction de compréhension, d’invention, de projection ou de prospective, qu‘en somme elle peut le grandir, il peut alors atteindre tout ce que sa pensée peut concevoir, abolissant temps et espace.
Dans le cas contraire, ce qui paraît être le cas, il est irrémédiablement prisonnier de lui-même et sa pensée, pour prolifique qu’elle soit, ne sera jamais un lien avec autre chose que ses semblables, ou avec lui-même.
Le point suivant est de savoir si, pensant en circuit fermé, l’Homme peut s’élever et éventuellement aider ses semblables à le faire, vers un état, qui bien que limité, lui ouvre une meilleure connaissance du monde, qui, jointe à un quantum d’amour (dans le sens large), augmente sa sérénité dans sa relation à sa représentation du monde plus large, remplaçant ses peurs de l’inconnu et son égocentrisme par une volonté de partage d’un mieux-être.
Enfin, ne peut-on attendre des réponses que des ailleurs que nos questionnements peuvent atteindre ? Que de ce qui est inclus dans notre représentation du monde ?
Jusqu’à présent, rien de semblable ne s’est produit, hors du monde de la foi. Mais le monde de la foi procédant du divin, il n’y a aucun sens à lui mettre des limites, ce qui conclut, péremptoirement, toute spéculation.
Un bref commentaire sur la « représentation du monde »
Le besoin de spiritualité ;
Malgré tous les arguments que la raison propose, ou oppose, l’Homme a besoin de spiritualité. Il a besoin de s’éloigner – sans l’oublier – de son animalité. Non qu’il méprise l’animal en lui, cela le rendrait psychologiquement malade, mais il sent qu’une part importante de son être a besoin de cette élévation.
L’homme a trois « étages cérébraux » essentiels, notés comme reptilien, limbique et néocortical. Le reptilien (le plus archaïque) serait responsable des fonctions les plus élémentaires (la sécurité, la notion de territoire, la reproduction…), puis le limbique, lui comptable du bien-être, du plaisir et de sa recherche (il est en cause dans les addictions : tabac, monde sensuel, etc…) et le néocortex, qui est le siège de la conscience, de l’intelligence, de la motricité…
Si les deux premiers sont peu accessibles, le néocortex lui est un instrument améliorable, au moins quant à son contenu.
La spiritualité est, avec la connaissance, le chemin essentiel vers cette amélioration. Elle augmente la qualité de ses échanges avec le monde et ses représentations, et son auto estime comme conséquence de cette prise de conscience.
Quant au mysticisme, qui concerne plus précisément la relation du croyant à son absolu, il est réellement la voie étroite, non universelle et souvent égoïste du mystique. On est là proche d’un monde hallucinatoire.
Si un mystique prétend parler à son dieu, il abuse du fait dialectique de l’impossibilité de la preuve du sentiment. Exemple : « tu aimes ta mère ?» Réponse : « oui » contre réponse : « prouve-le ».
Ce sophisme démontre seulement qu’on ne peut pas prouver ses sentiments.
Le mystique peut dire qu’il aime son dieu, mais cela ne lui donne aucun titre au dialogue avec lui ; mais les écrits des grands mystiques ne sont pas toujours des monologues !
Mais il n’en reste pas moins que le mysticisme a eu – et a toujours – une influence importante dans certains terrains religieux.
Être athée.
Être athée ne suppose évidemment pas l’absence de spiritualité, mais exclut formellement le mysticisme. Si l’athée ne reconnaît l’existence d’aucun dieu, il peut difficilement admettre des échanges avec l’un d’entre eux, ou même, dans son sens théologique, une approche des mystères supérieurs d’une foi, qui ne peuvent représenter pour lui qu’une connaissance d’ordre ethno – anthropologique.
Un athée ne peut donc discourir, dans les limites de ses connaissances, que de la spiritualité de l’athéisme, dans le sens, évoqué plus haut, d’éloignement de l’animalité, non en essayant de la supprimer ou de l’ignorer, dont nous avons dit plus haut qu’il s’agirait d’une attitude pathologique, mais au contraire en essayant de la dominer, pour en extraire l’essence instinctive qui structure l’humain – comme les autres animaux et l’inclure dans la conscience dynamique, celle même qui sous-tend tous nos actes.
C’est considérer l’Homme comme un être doué d’instinct qui le préserve et d’une intelligence qui lui permet de majorer ses rapports positifs au monde, pour l’augmentation de son bien-être et – si tel est son sens moral, celui d’autrui.
Ce travail « spiritualisation » permanent, suppose confiance dans la nature de l’Homme et persévérance dans son effort de compréhension de l’univers comme un tout dont il fait partie, sans qu’il existe d’intention mystique de se confondre avec lui.
L’athée refuse toute transcendance.
Le monde est ce que nos moyens cognitifs nous montrent.
Le monde met fin à l’histoire de tout individu. De son point de vue, l’univers est né avec lui et disparaît avec lui.
Il peut y avoir d’autre monde que le nôtre, mais pas interrelié, pas « d’autre monde ».
Si l’expérience permanente et quotidienne de la vie est conforme à ce que montrent les sens, où est dieu, ou n’importe quel autre absolu ? Et où s’en situerait le besoin ?
Pourquoi devrait-il y avoir une dichotomie entre le corps et sa production non matérielle, l’âme du croyant ?
Il n’est pas nécessaire que la fusion de l’émotion et de l’intelligence débouche sur une quelconque extase, ou le remodelage de la cosmogonie. Nous sommes ce que nous percevons et le monde ce qu’il paraît.
L’athée n’est pas forcément favorable à la pensée occidentale qui sépare l’amour de la connaissance. Il peut considérer que l’amour de l connaissance ou la connaissance de l’amour ne sont que deux faces d’une même chose.
Quelques points d’appui déterminants de l’athéisme :
La parole de la divinité : à part les déclarations des textes mythiques fondateurs, il n’existe pas dans l’histoire d’événements impliquant une divinité déclarant publiquement quoi que ce soit.
La prophétie, genre « littéraire » présente dans de nombreuses religions, affirme, annonce, édicte, menace, promet, au nom d’être supra naturels des événements concernant le futur de l’homme. Le prophète étant le seul garant de ce qu’il dit, ses dires ne valent que ce qu’il vaut comme source. Comme toute preuve est exclue de son argumentation, la prophétie comme fait historique annonciateur est disqualifiée.
(Nous parlons de prophètes, pas de Messagers).
Depuis le début des temps historiques, (10-12.000 ans) aucun événement humain, géologique ou astronomique n’a pu être interprété comme d’origine divine. Ceux qui le furent en leur temps ont trouvé, avec le progrès scientifique, les éclaircissements nécessaires à leurs aspects énigmatiques. Les miracles sont typiques de ce genre d’énigmes. On peut même trouver une certaine grâce à voir considérés comme miracles des faits qui ne répondent pas aux connaissances du moment, comme si la connaissance était totale et parfaite.
« Il faut bien que tout ceci ait été créé ! »
Et donc le créateur aussi et tous ceux qui l’auraient précédé. On peut raisonnablement discuter de la formation de NOTRE univers, mais pas de L’UNIVERS, qui par nécessité doit être éternel et infini.
Cette information est une croyance, bien sûr, donc d’un domaine proche de celui de la foi, mais s’agissant de matière visible et palpable, il ne s’agit pas de discuter de sa création, mais de sa transformation. Donc, non de foi, mais de théorie scientifique
La vie ne paraît pas avoir d’autre but que la vie elle-même, ce qui est cohérent. L’observation de la nature montre surabondamment qu‘en effet tout naît, croît, se multiplie ou se transforme, vieillit et meurt. Que chaque molécule, de chaque être, est utilisée des millions de fois pour des êtres différents. S’il n’en était pas ainsi, le total des êtres morts ferait une boule plus grosse que la terre elle-même.
Tout autre sens donné à ces faits procède de l’espoir (petit frère de l’incantation), sentiment proche de l’envie d’une existence meilleure, sans autre fondement que l’incapacité de l’être humain à se satisfaire de ce qu’il a.
L’Athéisme souhaite rester proche de ses valeurs claires, univoques, qui s’appuient sur la simplicité d’un cognitivisme sans maquillage, qui demande certainement plus de résistance à l’angoisse, en particulier face à la finitude de l’être, circonstance que les croyant adoucissent par (l’éventuelle) passage à un autre monde.
Les valeurs claires et univoques de l’Athéisme refusent les arguties qui, bien que souvent habiles, ne font que rendre les choses peu claires et équivoques. L’Homme a-t-il besoin de pensées claires pour vivre SA présence au monde, où de consolation et de promesses d’éternité pour en supporter la fin ?
Rappelons qu’il existe une religion athée. Il s’agit d’une des Hinayana bouddhique, dans laquelle le moine peut atteindre, en une seule vie le Parinirvâna, ou « extinction complète ».