Si la communication dans la hiérarchie est indispensable, il ne saurait y avoir de hiérarchie dans la communication. Toute information étant importante (à sa place), il n’y a pas de grande et de petite information. Une clé de contact ne pèse que cinq grammes, mais la voiture est inutilisable sans elle. Si un poste dans l’entreprise se révèle sans intérêt, il est supprimé. S’il existe, il communique et sa communication doit être prise en compte.
Les trois flux essentiels de communications hiérarchiques sont évidemment descendant, ascendant et horizontal. En principe, la base de la pyramide hiérarchique (en contact avec le marché), communique son expérience-expertise vers le haut, où elle est traitée par les responsables de la recherche et du développement, servant de base à de nouvelles stratégies, de nouveau produits, générant le flux descendant.
La communication horizontale concerne les apports sur les projets d’un même niveau de responsabilité, d’autorité ou de dépendance. Profitons de l’opportunité pour régler son compte à un néo-concept concernant – non pas la communication – mais la hiérarchie horizontale. Il est de mode de dire que la société japonaise, par exemple, est hiérarchisée verticalement, alors que les sociétés occidentales le sont horizontalement. Ce que sous-entend ce sophisme (proche de la sottise), est que les Japonais conservent une mentalité féodale et que les décisions pleuvent du haut, écrasant de leur autorité les fourmis laborieuses de la base. Alors que les Occidentaux, ces gens civilisés, n’ont plus besoin de ces structures coercitives, chacun, égal à chacun, personne ne heurtant l’autre, le travail se fait magnifiquement dans le respect mutuel et la bonne humeur ! Pour qui connaît le monde du travail occidental, la formule a de quoi faire rire, longtemps. Comme celle appliquée au monde oriental, par pure ignorance.
Le besoin d’image simplifiant (et abêtissant) est responsable de telles âneries. L’auteur de cet humble ouvrage a assisté, au Japon (à la Bank of Tokyo, concrètement), à une revendication des syndicats qui exigeaient que l’on réduise (!) les salaires, car leur analyse montrait que des désordres pouvaient survenir dans un avenir à moyen terme si les masses salariales ne baissaient pas. Le syndicat a eu gain de cause, face à une direction perplexe qui a reconnu, avec le temps, le bien fondé de la revendication.
Pour une hiérarchie écrasante verticale, l’anecdote ne manque pas de sel. De l’autre côté, dans n’importe quelle hiérarchie « horizontale », où on n’a plus de subordonnés, juste des collaborateurs, n’importe quelle faute est sanctionnée avec énergie, comme au bon vieux temps où il y avait des chefs et des sous-chefs. Ce ne sont pas les mots qui changeront la nature humaine et ses entreprises. On devrait donc nous faire l’économie du ridicule et admettre qu’il ne saurait y avoir de hiérarchie que verticale (sans que cela empêche que de nombreux membres de celle-ci travaillent au même niveau, ou avec le même grade).
La clé : parlez à votre subordonné comme s’il était votre chef et à celui-ci comme s’il était votre égal. En restant en dessous de ce que vous avez à communiquer par crainte hiérarchique, vous desserviriez l’entreprise.