Éducation et instruction

Le concept parait simple, mais il est en fait en contradiction constante avec ce que pensent les citoyens, essentiellement s’agissant de la formation de leurs enfants.

Deux paramètres sont en cause : le temps qu’on dédie à ces formations et le fait que si l’instruction peut s’accommoder de travail en groupe, l’éducation est plus chronophage et demande une adaptation plus spécifique, en fonction du contexte familial, social, coutumier, religieux…, et donc une dédication individuelle.

En acceptant ces différences, il devient vite évident que l’instruction se dispense à l’école et l’éducation dans la sphère familiale, ou au moins sous son contrôle.

Cette répartition idéale des tâches rencontre malheureusement des écueils difficiles à ignorer. S’agissant de l’instruction, celle dispensée par les États, elle est souvent entre les mains de professeurs qualifiés, mais entrent en compte les éternels reproches faits au domaine public, tels le nombre d’élèves par classe, l’inconstance dans les méthodes pédagogiques, les difficultés de remplacement des enseignants indisponibles, etc… Quant aux établissements privés, le problème réside évidemment dans leur coût, seulement accessible à certaines classes sociales.

Pour l’éducation, l’unique interrogation réside dans la qualité des parents comme éducateurs. Il est indéniable que les classes sociales, en matière de connaissances et de pédagogie, jouent leur rôle de toujours : elles ne peuvent éduquer leurs enfants que jusqu’au niveau qu’elles ont reçu. Compte tenu de la rapidité de l’évolution des connaissances et des mœurs, ce sont souvent les enfants qui importent de l’école une élévation du niveau moyen de la famille.

Un facteur qu’il convient garder en mémoire : les relations des enfants entre eux. Un code tacite sur la cuistrerie est à tenir en compte. Quand un enfant devient pédant à propos d’un thème culte, il est vite « recadré » par ses pairs et ostracisé si le fait se reproduit. Le résultat de cette attitude collective est que chacun garde pour lui ses acquisitions culturelles par crainte de rejet du groupe. Malheureusement, la plupart des enfants gardent cette attitude prudente aussi envers leur famille.

Un autre obstacle prépondérant est la stabilité de la famille. Quand les statistiques nous disent que les mariages durent entre dix et quinze ans et que les situations monoparentales où le parent restant est la mère sont presque la norme. Les problèmes émotionnels sont peu compatibles avec l’Éducation qui requiert un minimum de crédit de confiance, qui est souvent mis à rude épreuve quand les enfants sont en souffrance de la « perte » d’un parent. D’autant que la plupart des enfants ont, quelles qu’en soient les raisons, un parent favori, qui leur fait perdre confiance dans le parent restant si c’est le favori qui part et du ressentiment que leur inspire celui qui reste, souvent vécu comme fautif de la séparation.

Une solution voudrait peut-être que l’éducation de base reste exclusivement le fait familial, même avec ses imperfections, et que des enseignements éducatifs profonds soient dispensés à l’école à partir de l’adolescence, avec un public assez mûr culturellement, propre à comprendre l’importance personnelle et collective de l’éducation. On rejoindrait ainsi les principes éducatifs de la Grèce Antique et de l’esprit d’Aristote, qui ne peut être un mauvais maître.

Un homme instruit, une femme instruite sont utiles.

Un homme éduqué, une femme éduquée sont consensuels.

Un homme, une femme, instruits et éduqués sont des citoyens idéaux.

« L’éducation a des racines amères, mais ses fruits sont doux » (Aristote).

 

On pourrait aussi rêver d’une « école des parents » qui donnerait à ceux-ci l’accès au fondamentaux de l’éducation qui, s’ils ne leur ouvriraient peut-être pas l’intelligence éducative, au moins pourraient-ils aider à éviter les erreurs les plus dommageables. Deux soirées de deux heures par mois pendant une année suffiraient.

 

Éduquer les enfants est la première manifestation du respect qu’on leur porte. Il n’y a pas d’amour sans respect.

On se questionne sur la suppression des cours de morale et d’éducation civique qui étaient jadis au programme de toutes les écoles. Un signe des temps ?

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