El camino se hace caminando…

El camino se hace caminando (A. Machado).(le chemin se crée en cheminant).

Cette affirmation, que l’on retrouve dans de nombreuses sagesses populaires dans le monde, suppose que le chemin « devant » est inconnu du fait de son inexistence et que sa connaissance progressive impliquera une expérience enrichissante, mais aussi le danger de tout inconnu.

Cependant, dans cet aphorisme, qui veut que ce soit le cheminant qui crée le chemin, dans un processus aveugle quant à ses effets, le créateur ignore la nature de sa création, qu’il ne découvre qu’en la vivant, complétant un acte dont il est la cause mais dont il ignore les effets. Il s’agit donc là d’un jeu de hasard à sanction immédiate très éloigné d’une démarche de sagesse.

« Le chemin se fait en cheminant » selon cette démonstration, condamne l’Homme à faire un choix entre accepter les hasards d’une vie qu’il choisit, dont il ignore tout et l’immobilisme tranquille, stérilisant, évitant les dangers d’un chemin qu’il a choisi de laisser dans l’incréé.

Sauf pour les humains mort-nés, le seul fait de vivre suppose le déroulement d’un chemin, l’expression « le chemin se crée en cheminant » n’est donc qu’une allégorie du déroulement de la vie.

Selon cette perspective, le fait que la vie est un chemin que l’on crée en cheminant n’est qu’un truisme sans grande profondeur, car il ne fait que souligner que le futur reste inconnu jusqu’à ce qu’il se dévoile au gré du passage du temps.

Antonio Machado a écrit de plus belles choses qui sont d’une profondeur riche de signification et qui sont restées plus discrètes, comme son « de l’essentielle hétérogénéité de l’être » traduit en français.

Mais le snobisme s’accommode bien de citations courtes, faciles à mémoriser et à glisser, dans une conversation de salon, pour imiter un vernis de culture.

Cependant, la citation complète est : « Voyageurs, il n’y pas de chemin, les chemins se font en marchant, sinon l’homme serait différent. C’est là l’essence-même du spécifiquement humain ».

Cette citation, presque jamais évoquée dans son intégralité, est en fait essentielle dans la pensée de Machado. Le banal « le chemin se fait en marchant » trouve sa puissance dans l’affirmation que « c’est là l’essence-même du spécifiquement humain ».

Il stipule d’abord que l’homme « immobile » ne s’accomplit pas et que sa découverte du chemin sous ses pas en fait son propre guide, ce qui est probablement l’aboutissement de toute recherche par l’homme sur lui-même et sa perfection quand sa réalisation profonde confond l’Homme et son Chemin.

Aristote nous dit qu’il y a trois sortes d’hommes : Les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer.

Ce sont les derniers que pressent Machado dans « l’essence-même du spécifiquement humain ».

Une réflexion au sujet de « El camino se hace caminando… »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>