L’inhumaine comédie

Le personnel politique qui gère nos pays est marqué par un péché originel multifacétique ineffaçable, dès lors qu’il est consubstantiel à l’Homme (comme espèce incluant les nombreux sexes à la mode aujourd’hui).

Les vocations politiques, fruits d’une volonté de dédication à la Nation, volonté de servir – pas de se servir – d’éviter d’être partisan : l’union en parti ne fait pas la force de la Nation, mais celle du parti ; de briguer le pouvoir, étant entendu qu’avoir le pouvoir ne suppose pas son usage bénéfique pour tous,  dès lors qu’il s’acquiert au détriment d’autres partis défendant d’autres vérités, son accès suppose l’oubli de toute dignité dans des campagnes électorales où les chances de succès se comptent aux nombre de mains serrées sur les marchés de village et l’ampleur de promesses qui n’engagent que ceux qui y croient et qui ne se réaliseront que si d’innombrables variables y concourent favorablement. Donc…

Compte aussi la nature de l’échelle conduisant aux hautes sphères. Il ne s’agit pas, beaucoup s’en faut, du genre d’échelles droites et fortes qui portent les héros que sont nos pompiers ; celles qui mènent au pouvoir sont zigzagantes, les écarts entre leurs barreaux sont inégaux, quand encore ils ne sont pas « accidentellement » absents, du fait des œuvres de quelques « amis » politiques qui, de bonne foi, ont pensé que le grimpeur avait le bras assez long pour se passer de jambes, pourtant éprouvées par leur capacité à fuir les vrais problèmes qui s’obstinent à devenir des écueils concernant des causes peu susceptibles de rapporter quelque crédit d’estime aux yeux des puissants.

Le « vulgus hominum » qui apporte son vote comme le « proletarian » romain qui ne valait que par sa capacité à procréer pour remplir les casernes et se faire tuer dans des guerres de prestige, le votant donc, est un animal à deux vies : la première naïve et enthousiaste, sensible aux rhétoriques infantiles, toute de ferveur pour son champion et la seconde, infidèle, qui supportera un autre champion, le temps de se rendre compte que ces objets sont des produits similaires, uniquement différentiables par leur publicité.

Mais la base de ces erreurs de destinées, c’est l’absence de tri aux portes de l’arène : avant d’évoquer le droit à l’éligibilité, ne devrait-on pas contrôler les prérogatives qu’ouvre ce droit ?

Il faut aussi évoquer les tares psychologiques résultant de la situation de dominant social. D’élu.

Le fait-même de rechercher le pouvoir, tâche psychosociale assez ardue, « donne » de l’imagination au candidat, que l’on retrouve rarement après le succès, où l’élu, ayant épuisé ses ressources pour atteindre ses buts se pense hors d’atteinte critique quant à ses capacités réelles.

Il pourrait cependant se poser des questions simples, génératrices de réflexions salutaires, telle que « en fait, pourquoi ai-je recherché si violemment le pouvoir ? ». Ou encore sa variante « maintenant j’ai le pouvoir, que dois-je faire pour justifier auprès de mes électeurs leur attente après le don de leur confiance ? » Mais dans ce cas, le but est souvent hors d’atteinte, car les ambitions du discours électoral ne peuvent pas être totalement sincères, sous peine de banalité ou d’insuffisance face aux concurrents, ou même au regard de la critique des électeurs favorables, ceux-ci très attentifs, pour avoir été grugés à chaque campagne électorale. Cette pression générée par le choix de buts difficiles à atteindre et les yeux critiques de ceux qui ont cru en lui épuiseraient n’importe qui. Un résultat courant : faire du pouvoir une pratique excessive justifiant l’élection, perdant ainsi une partie du jugement sur les réalités de la charge.

De là au mensonge lénifiant et à l’abus de pouvoir, il n’y a qu’un pas, tellement fréquemment franchi pour satisfaire les soutiens les plus puissants socialement, politiquement ou financièrement.

Enfin les cohortes pléthoriques des « ayants droit » à la reconnaissance de l’élu, tels les dirigeants de partis, les « amis » proches, la famille…

Platon prétendait que « la démocratie est la dictature de l’ignorance ». Plagions-le en proposant que la démocratie est une mauvaise maîtresse qui pousse ses amants à agir au-delà de leurs capacités et, plus consternant, de leurs droits pour ne pas la décevoir.

Le plus grand danger à chercher le pouvoir est de l’atteindre.

Seuls quelques êtres d’exception en sortent glorifiés et ce ne sont pas des Hommes de Pouvoir, mais des Hommes d’État.

Une réflexion au sujet de « L’inhumaine comédie »

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