Haïku, puits de sagesse

Un haïku est un poème japonais extrêmement bref, évoquant l’impermanence des choses.

Celui-ci, de Hissa Kobayashi (1763-1828) en est un élégant exemple :

« Tuant une mouche, j’ai blessé une fleur »

1 – Le geste-source est posé : le meurtre d’une mouche, insecte nuisible a comme effet secondaire de blesser une fleur, délicat objet immobile, donc sans capacité de défense ou d’esquive.

2 – La mouche n’est pas coupable, mais victime. Seul l’auteur du Haïku est coupable de maladresse, d’inattention, ou pire, d’inconséquence.

3 – Si la mouche n’avait pas été détruite, la fleur n’aurait pas été blessée et l’auteur ne se sentirait pas fautif.

4 – La mouche, comme tous les muscidés, est un polinisateur sans lesquels la multiplication de nombreux végétaux – et fleurs particulièrement, n’existeraient pas.

5 – Tuer la mouche participe donc de ces gestes irraisonnés et irresponsables, qui entravent la prolifération du vivant.

6 – Le seul coupable est donc l’auteur, qui s’attache au charme de la fleur et tue la mouche, vecteur de sa reproduction. Son Haïku place indument la mouche comme nuisible, comme coupable, le déresponsabilisant.

7 – Mais les mouches ne transportent pas que des pollens. Elles ont aussi vecteurs de maladies, à considérer comme bien plus dommageables qu’une fleur éphémère, inconsciente vanité qui, prémisse d’un fruit, n’en est que le rêve.

8 – Le haïku « tuant une mouche, j’ai blessé une fleur » est donc un constat sans implication morale. Il n’est pas une confession : seulement le récit d’un microdrame pour lequel le lecteur aura le rôle du juge.

9 – Qui devra être l’accusé ? L’homme inconscient des conséquences de son geste qui a généré une mort et une blessure ? Ou la mouche, véhicule de sanies infectantes justifiant son élimination ? Ou la fleur, dont la délicatesse est la seule défense, qui par là-même génère le remords chez l’auteur ?

10 – Peu de nos actions sont réellement conformes aux pensées ou pulsions qui les ont fait naître. Les marges, souvent dues aux hasards ou à l’ignorance, bénéfiques ou délétères, restent de notre responsabilité.

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