Vous avez dit « migration » ?

On n’arrête pas un phénomène de survie vieux de plus de deux millions d’années, fondé sur la raison. La survie des premiers hommes est une lutte permanente contre la faim et les climats défavorables.

Si on accepte la théorie d’une origine africaine de l’Homme (*) celui-ci met quelque 200.000 ans pour se répandre (peu) en Afrique, puis 40.000 pour atteindre l’Europe, 10.000 de plus vers l’Asie et encore 30.000 pour l’Amérique (en passant par le détroit de Béring). Une autre théorie qui semble avoir quelque crédit génétique veut que des asiatiques seraient parvenus en Amérique du Nord par la côte Nord-Est asiatique et Nord-Ouest Américaine à partir de la côte de l’Alaska. D’autres enfin soutiennent que l’Amérique du Sud a été peuplée par des Asiatiques venus par la mer. Quand on voit les singularités anthropométriques des « indiens » d’Amérique du Sud …

Les groupes humains sont en permanente migration, à mesure qu’ils exploitent et épuisent les ressources naturelles de leur habitat, jusqu’à l’avènement de l’agriculture et l’élevage : il y a 8500 ans au Moyen-Orient, 7.500 en Chine, 6.500 en Europe, 3.500 en Amérique.

Les mouvements des peuplades se ralentissent et les premières structures sociales cohérentes apparaissent il y a environ 5 ou 6.000 ans, période où se seraient formés les premiers ensembles sociaux ethnologiques qui peuvent être considérés comme des peuples, dans le sens actuel.

Un excellent contre-exemple, parfaitement documenté : la Grande Grèce :

Aux VI° et VII° siècles avant J.C., lors de la période Mésogéenne III, en Grèce, une élévation de la température et de la pluviosité, générant des récoltes surabondantes produisent une démographie excessive qui poussent des populations hellènes à migrer vers le Sud de l’Italie et la Sicile, qu’ils conquièrent. Ils créent de nombreuses villes, la plupart encore existantes aujourd’hui, comme Tarente, Sybaris, Naxos, Agrigente, Sélinonte, etc…

Ce cas est intéressant car il démontre que le besoin d’aliment ou de richesse n’est pas le seul moteur des migrations. Dans ce cas, c’est au contraire l’abondance qui détermine le mouvement.

Aujourd’hui, les peuples de l’Afrique subsaharienne par exemple, dont les pays ont été structurés par les pays coloniaux, aux plans urbanistique et administratif, mais en surestimant les capacités à gouverner de leurs élites, voient les aides à leurs développement dilapidées ou confisquées par une corruption endémique, aggravant les difficiles situations de survie.

Ces peuples, pour essayer de vivre dignement, cherchent à trouver une solution et sont alors conduits à celle de toujours dans l’Histoire de l’Humanité : migrer. Abandonner leurs pays pillés dans l’espoir d’être utiles ailleurs contre une juste compensation. Il est naturel qu’ils se tournent vers les anciens colonisateurs qui ont, eux aussi, pillé leurs ressources naturelles et employé les hommes comme main d’œuvre quasi gratuite, bien proche de l’esclavage.

Il existe malheureusement peu d’espoir pour que leurs anciens maîtres soient sensibles à cette logique, quelque peu enfantine dans la morale politique du siècle, mais quel autre chemin, quand celui-là leur est déjà interdit ?

Il existe bien une solution, mais elle demande un changement politique fondamental : refaire une nouvelle « colonisation », mais celle-là bienfaisante en investissant massivement pour développer ces pays aux plans majeurs : éducation, santé, industrie, agriculture…et que leurs habitants n’aient ni besoin, ni envie de les quitter. Ce serait au contraire une ouverture vers le Sud pour des générations ambitieuses de pays nantis qui pourraient là trouver un nouveau monde d’opportunités. Des pays comme les États Unis ou le Canada n’auraient jamais été ce qu’ils sont sans les migrants qui les ont façonnés.

Cette image utopique a pourtant été réalisée par Rome, qui « civilisait » les peuples qu’elle soumettait, donnant ainsi à l’Europe les premières bases sérieuses de son développement.

 

(*) L’auteur réfute la théorie d’une origine unique de l’espèce humaine et croit plus acceptable une théorie polyphylétique, selon laquelle les humains sont apparus dans diverses parties du globe quand les conditions de cette apparition ont été réunies, conditions essentiellement climatiques et nutritionnelles adaptées à l’espèce.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>