L’Ego.

L’ego a une bonne excuse quand il se sent le centre de l’univers, car de fait, il l’est. De SON univers. Peu de mots ont un signifié à aussi haut degré de polysémie, pour être présent, de façon plus ou moins explicite dans toutes les pensées ou actions de l’individu. C’est le « je » qui pense, décide, comme concepteur et exécuteur. Certaines écoles l’ont simplifié, mais par commodité, non pour se séparer d’une partie qui serait vide de sens.

Et comment pourrait-il en être autrement quand il en a la preuve à chaque seconde de sa vie : chaque composant de son univers n’existe qu’à ses yeux. Chaque sensation de quelque origine qu’elle soit, n’a d’effet et de réalité – pour lui – que parce l’Ego la perçoit.

Quand un univers de perceptions disparait avec l’Ego à la mort de l’individu, il est irremplaçable parce qu’unique. Dans le concert universel, chaque mort efface à jamais un point de vue singulier, qui n’appartenait qu’à lui et disparait avec lui ; perte irrémédiable.

Avec de telles prérogatives, l’Ego n’a pas été créé pour la modestie.

Heureusement (peut-être), cette fonction reste inconsciente et les capacités d’un individu se mesurent à l’aune de ses qualités intellectuelles, émotionnelles, morales et comportementales.

La valorisation de ces qualités est l’affaire de l’Ego, qui trouve là des raisons d’apprécier les siennes propres à leur valeur réelle, selon lui, qui devrait le modeler, au moins socialement.

Un point de vue plus humainement concret permet d’approcher l’être humain dans sa réalité : l’Ego est le résultat de l’appréciation de l’individu par lui-même. La justesse de son jugement dépend beaucoup de l’éducation reçue (et acceptée). Cette même éducation procure des instruments relationnels tel le respect de soi et des autres, une certaine dose de modestie, de respect et de compassion. La conduite des éducateurs familiaux ou scolaires a alors une grande importance.

La vie durant, les egos ont une valeur relationnelle fondamentale. Les luttes, connivences, défiances, confiances mutuelles, ne sont que l’expression d’appréciations ou méfiance entre egos, comme façades sociales assez faciles à décrypter.

Plus intimement, la conscience que nous avons de l’importance de notre Ego est souvent l’écho de nos attitudes familiales, amicales, sociales et des réponses de ces divers domaines.

Des difficultés relationnelles demandent souvent une réflexion sur l’expression de nos valeurs affectées par nos attitudes égotistes, qui ne sont pas toujours une conséquence d’un égoïsme important, mais d’un « filtre » de communication d’autant plus facile à corriger qu’il est aisé à identifier : voix haut placée, tendance à « couper la parole », négliger les autres opinions, etc, toutes attitudes basées sur une auto-évaluation surestimée.

Les egos en présence dans une réunion trouvent rapidement leur importance relative selon une classification stratégique constante : les faibles sous la tutelle des forts, les forts en compétition, les indifférents, opportunistes, en raison de leurs ambitions et du degré d’intérêt des échanges. Ceux-ci sont cependant souvent ceux qui déterminent les résultats des votes.

Les egos en souffrance, en psychothérapie, ont souvent pour moteur l’ajustement, selon le traitement qu’ils reçoivent du groupe, de leur importance relative. Redonner à ceux-là un sentiment d’importance c’est souvent les aider à trouver ou retrouver, leur valeur, donc à les orienter vers un mieux-être.

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