Le mot « islamophobe » est une construction sémantique qui ne rend pas compte – le plus souvent – de l’intention du locuteur.
Le suffixe « phobe », du Grec « phobos » signifie « crainte ».
Or, l’intention du locuteur n’est pas, le plus souvent, d’exprimer une crainte qu’il ne ressent pas, mais de l’inimitié envers cette religion qui a été très présente en Europe au long d’une histoire post-coloniale assez mouvementée.
En l’état, aucune construction verbale courante ne permet d’exprimer exactement le concept mais :
« Islamophobie : crainte de l’islam » est donc Impropre.
Le préfixe grec « myso » : détester, haïr, serait le plus souvent excessif.
Les jugements négatifs sur l’Islam portent sur l’incompréhension par l’Occident d’une religion aux fondements politico-sociaux, issue d’une époque troublée du Proche-Orient, largement inspirée de la Torah et de l’Évangile (voir le texte original de Coran). La lignée des prophètes de l’Islam est identique à celles du Judaïsme et du Christianisme, le Coran contient de nombreuses références aux personnages évangéliques. Marie, la Vierge mère de Jésus est citée 34 fois dans le Coran. Son fils, Jésus, d’ailleurs considéré comme un prophète de l’Islam, est nommé 93 fois.
Les essais de construire un terme qui minimise le fréquent rejet de l’Islam en Europe n’ont pas été concluants.
L’Académie Française, qui produit essentiellement des barbarismes, le plus souvent adaptations d’anglicismes, pourrait s’attacher à engendrer un terme qui enrichirait le vocabulaire d’un substantif utile répondant à la recherche de nombreux citoyens, soit :
« Comment appelle-t-on quelqu’un qui ne craint pas l’Islam, mais qui le préfèrerait plus discret, sans référence à la conquête du monde souhaitée par ses théoriciens et en espérant que ce néologisme serait pacificateur sans être infamant ».
De fait, pour la tradition, tous les humains sont musulmans, car le mot d’Islam signifie « soumission » (à Dieu en l’espèce) et que ceux qui ne le sont pas sont, d’après cette conviction, des infidèles. La lutte de l’Islam contre les infidèles n’est que l’expression des efforts de cette religion pour obtenir la soumission du monde à son dieu.
Les difficultés proviennent du fait que les exigences d’une impulsion religieuse du septième siècle ne sont guère compatibles avec les mœurs de la majorité de la population mondiale actuelle, régie par des lois qui ne rejoignent que très rarement celles de l’Islam.
Le deuxième écueil est la volonté d’islamisation des pays hôtes par les immigrants musulmans, qui considèrent légitimes des conduites conquérantes – dont des actes terroristes pour certains – pour parvenir à leur fin : islamiser le monde.
Le troisième problème à régler pour arriver à une entente vient de la conviction chez les Musulmans que la loi de leur dieu est supérieure à celles des hommes. Ils partagent cette conviction avec les Chrétiens, mais ceux-là gardent leur libre arbitre et ils ne s’autorisent plus, de nos jours, tous les moyens pour établir cette loi divine, implacable et indiscutable. Leur rapport à leur dieu est une démarche spirituelle personnelle, sans politique conquérante par les armes.
Sur ces bases, il est légitime que d’assez nombreux citoyens soient alors islamophobes dans le sens donné à ce terme comme « ceux qui craignent l’Islam », mais ils ne sont pas la majorité.
Le fait historique qui pourrait être cité dans cette ordre d’idées serait les croisades, qui prétendaient reconquérir les « Lieux Saints », occupés, selon la chrétienté du XI° et Xlll° siècles, par les Arabes.
Une motivation, reconnue alors, était l’acquisition de richesses par les armes. À un degré beaucoup moindre, les immigrants musulmans d’aujourd’hui ne sont pas indifférents aux conditions de vie souvent plus confortables en Europe que dans leur pays d’origine, mais la recherche d’une vie matérielle meilleure est sans doute moralement légitime.
Les États Unis se sont peuplés, durant les deux premiers siècles de leur développement, selon le même principe, avec les mêmes réflexes de défense, qui subsistent encore aujourd’hui et ils n’ont pas cherché à qualifier leurs compatriotes face aux immigrants, et moins encore s’il fallait en avoir peur ou s’en défier, mais il s’agissait de nuances ethnologiques, pas religieuses, les migrants d’Amérique du Sud étant essentiellement des chrétiens, pour les noirs christianisés par les américains blancs eux-mêmes et plus tôt, les aborigènes sudaméricains convertis souvent de façon assez « radicale » par les conquérants espagnols.
Ces considérations qui entrainent le sous-entendu que pour qu‘un étranger immigrant soi le bienvenu, il faudrait qu’il efface les différences raciale, linguistiques, culturelles, religieuses, ce que prétendent d’ailleurs les dispositions d’Acculturation, d’Intégration et d’Assimilation, dans cet ordre, ce qui suppose un abandon civilisationnel du candidat immigrant pour être socialement admis. Ces exigences sont souvent adaptées, et adoptées sauf s’agissant des populations pour qui la religion ne peut être abandonnée ou au moins pratiquée discrètement, pour sa prégnance socioculturelle, ce qui est très clair dans le cas de l’Islam, qui, majoritairement, peut admettre une pratique cultuelle discrète, mais pas dans la mesure où elle entrerait en conflit avec les principes infrangibles de cette foi. Aucun chemin n’a été proposé par les laïcs et les religieux pour résoudre cette apparente impossibilité.
Il semble que nous soyons loin de notre propos initial qui était de chercher un terme sémantiquement admissible au lieu de « islamophobe », mais notre propos, en élargissant son signifié, semble d’une solution difficile, voire impossible si la source inspiratrice du sentiment négatif chez certains envers l’Islam est infrangible.
Le problème est donc réduit à trois hypothèses : que l’Islam évolue vers moins de radicalisme ou que les pays d’accueil élèvent leur seuil de tolérance au-dessus du radicalisme islamique. Ou que les deux parties fassent un effort à mi-chemin.
Dans le siècle, il est douteux qu’une de ces solutions soit adoptée.
Il a fallu à la religion chrétienne plus de treize siècles pour commencer à amoindrir sa radicalité. Si l’on accorde à l’Islam la même licence, les choses sont peut-être proches de la concorde entre deux religions qui se réclament du même dieu.
j’ai beaucoup aimé ton analyse
merci