Promenade d’un agnostique. Chapitre 2 : le Judaïsme. Prolégomènes.

L’historicité, voire même la cohérence du texte fondateur, la Torah, est en l’état inacceptable. Il a été proposé comme symbolique, ou encore empreint de poésie hébraïque du temps de référence – de la création du monde jusqu’à la déportation du peuple juif à Babylone en 597 avant J.C. et selon laquelle, nous serions dans le sixième millénaire de la création du monde !

Mais il ne convient pas de confondre l’âge de la création et l’âge de Dieu, qui a pu être présent dans l’univers de tout temps et créer la Terre voici six mille ans. Bien sûr, les quelques quatre milliards et demi d’années que compte la Terre n’entrent pas dans ce monde mythique.

Ces six millénaires sont donc en fait, pour le croyant, l’âge du peuple juif. L’archéologie anthropologique nous propose des restes humains de plus de vingt millions d’années, et plus ; le site archéologique de Catal Hüyük, en Turquie, montre une présence humaine évoluée au IX° millénaire avant J.C. L’ancienneté prétendue du peuple juif ne peut donc être soutenue pour cet aspect.

Ce sont les faits rapportés par le texte qui sont préoccupants.

Ces Écritures sont attribuées à Moïse, qui, selon le Judaïsme est le seul homme qui aurait été au contact de Dieu, après Adam, Caïn et Abel. Encore qu’il ne l’ait probablement pas vu, car il n’en donne aucune description. Mais il en aurait entendu la voix. Puis, elles ont été augmentées par des hommes inspirés, contemporains pour beaucoup des faits qu’ils relatent. Il faut donc s’attendre à une certaine crédibilité du récit.

Voyons certains passages de ces récits.

 Que nous dit la Genèse :

 Dieu crée la terre, l’eau et le ciel et il les peuple d’êtres vivants.

Il voit que « cela était bon ».

Si les hommes inspirés qui ont écrit la Genèse attribuent à Dieu cette satisfaction c’est qu’alors déjà, lors de l’écriture de la Bible, entre le XIIIème et le VIème siècle avant J.C., la vie, dans son ensemble et quel que soit le milieu où elle prospère est une bonne chose et doit donc être respectée, ou, dans le cas contraire, on détruirait l’œuvre de Dieu.

Mais les animaux les moins aptes à se défendre – entre eux et vis-à-vis de l’Homme – allaient être mis en servitude ou seraient destinés à la nourriture d’autres animaux ou de l’Homme.

Dieu, en peuplant la terre instaurait de fait la chaîne alimentaire, injustice essentielle de la nature, injustice divine, car le fonctionnement du système – le plus fort mange le plus faible – suppose d’indicibles souffrances.

 De même, tous les insectes ou autres espèces venimeuses, tels les scorpions ou autres arachnides, nuisibles à tous les autres, qui la plupart du temps ne peuvent même pas leur servir de nourriture, seule excuse morale de ces massacres quotidiens en masse. L’Homme, que Dieu crée à sa ressemblance, est en position médiane : prédateur et proie.

Un monde herbivore eut été plus pacifique, sauf à apprendre un jour que les plantes ont une conscience différente et sont sensibles à la souffrance.

L’Homme n’a d’autre choix que d’accepter sa place dans cet univers cruel. Ce qui suppose qu’un quantum de cruauté est dans sa nature, ce qui explique – son intelligence moyenne aidant – beaucoup des exactions qu’il commet. Triste héritage.

Le jardin des délices de Jérôme Bosh

Mais dans Genèse I-26, 29, Dieu crée l’Homme, à son image (d’autres préfèrent « à sa ressemblance ») à qui il donne :

« Toute herbe qui porte sa semence et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture ». Et il dit aussi « à toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui remue sur la terre, à tout ce qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe murissante ». Le monde marin n’est pas cité.

Dieu crée ainsi une population, humaine et animale de végétariens. De Végans, même, dirait-on aujourd’hui.

C’était le sixième jour et la création est terminée.

Nous savons, de source sûre – tous les jours dans nos assiettes – et de constats archéologiques pour les temps anciens, qu’il n’en a jamais été ainsi. Tous les êtres vivants ont transgressé la décision divine, selon le paragraphe antérieur !

Il n’est nulle part question dans les écritures, d’un châtiment, ou même d’une ordonnance divine qui corrige ces dispositions, encore qu’il eût été intéressant de voir ce que serait devenu l’homme s’il avait, dès son apparition sur la terre, été privé de protéines !

Après avoir créé l’Homme, Dieu planta un Jardin en Eden, où il le mit, parmi les arbres, dont, entre autres, l’arbre de Vie et l’arbre de la Connaissance du bonheur et du malheur. D’autres disent « du bien et du mal ».

Il y avait quatre fleuves en Eden, dont deux nous sont connus (le Tigre et l’Euphrate) qui situent le Jardin d’Eden, sans aucun doute, en Mésopotamie actuelle.

L’installation de l’Homme en Eden était assortie de l’interdiction de manger les fruits de l’arbre de la Connaissance, sous peine de mort. Pour le distraire, Dieu peupla le Jardin d’Eden d’animaux mais il se rendit compte qu’Adam s’ennuyait encore.

Et il créa la femme ! Adam la reconnait comme « la chair de sa chair ». Le verset suivant anticipe quelque peu le cours des événements, puisqu’il pose que : 

 « L’Homme laisse son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et ils deviennent une seule chair ». (Genèse2-24).

La formule mérite d’être soulignée, car elle a un parfum matriarcal assez contraire à l’origine biblique de la femme, née d’un fragment de l’Homme et destinée à en alléger l’ennui.

Mais à ce moment des écritures, on n’a pas encore évoqué la procréation, et Adam et Eve n’ont pas encore d’enfants.

Suit l’épisode du fruit défendu et de ses conséquences ; l’une d’entre elles, de la parole même de Dieu, est troublante. En Genèses 3-23, après l’épisode de l’arbre de la Connaissance, Dieu dit : « voici que l’homme est devenu comme l’un d’entre nous par la connaissance du bonheur et du malheur. Maintenant, qu’il ne tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de Vie, en manger et vive à jamais ! ».

 Quel signifié donner à « l’un d’entre nous » ? Formulé ainsi l’expression est univoque : il y a plusieurs dieux, au moins plusieurs être divins, mais pas de moindre importance que celui qui parle, puisqu’il s’inclut dans la périphrase. Certains analystes ont essayé d’éviter l’obstacle en évoquant une « cour » céleste autour de Dieu, mais la proposition est peu convaincante, car le « nous » est un terme qui suggère l’égalité. Cette phrase polythéiste n’a jamais trouvé une réponse satisfaisante chez les exégètes, qui d’ailleurs l’évitent soigneusement.

 Après avoir promis à Adam une vie de labeur et à Ève des enfantements dans la douleur, il chasse Adam du jardin d’Eden. Ève n’est pas citée dans l’exclusion.

 Il est notable que les deux arbres divins interdits dans le jardin d’Eden sont l’arbre de la connaissance et celui de la vie éternelle.

 Et leur premier fils, Caïn, nait, (Genèse 2-4, 1) Ève dit : 

« J’ai procréé un homme avec le Seigneur ! »

 Or, dans la Bible, le Seigneur est toujours, sans exception, un attribut de Dieu ! (Et de Jésus de Nazareth dans les Évangiles) Heureusement pour Adam, la jalousie n’a pas encore été inventée.

Dans les mythes les plus archaïques, les naissances virginales existent et la plus célèbre d’entre elles, celle de Marie enfantant Jésus, pourrait trouver un écho dans la naissance du premier homme né d’une femme, Caïn, d’Ève. Mais dans ce cas, le doute a peu de place, puisque Ève dit comme cité ci-dessus : « j’ai procréé un homme avec le Seigneur ! »

La logique autorise la question : quelle sorte d’être est Caïn, engendré par Dieu, porté et mis au monde par Ève ? Logiquement, un demi-dieu, comme en existent de nombreux dans la mythologie grecque.

 Puis, elle enfante Abel. Peut-être avec Adam cette fois, mais cela n’est pas précisé.

Mais cette précision aurait de l’importance, car, si, plus tard, Caïn tue Abel, c’est le fils de Dieu qui a tué le fils de l’Homme.

À noter que dans l’Évangile, Jésus cite, en parlant de lui-même, le « fils de l’homme ».

cain et abel

Mariotto Albertinelli (Florence, 1474 – 1515),
Caïn et Abel, huile sur toile (1513), Bergame, Accademia Carrara

 L’histoire de Caïn et Abel (genèse 2-4) est troublante à plusieurs titres. Elle renvoie au chapitre précédent (Genèse 3) dont le titre évoque la sortie du couple, Adam et Ève, du jardin d’Eden, mais en réalité, en Genèse 3-23 il est écrit : « il l’expulsa du jardin d’Eden » et non « il les expulsa ». Et, en Genèse 3-24 : « Ayant chassé l’homme » …

La querelle qui coûte la vie à Abel, tué par Caïn, a son origine dans le fait que Dieu ne reçoit pas leurs offrandes avec la même faveur. Il déçoit Caïn, son fils et favorise le fils d’Adam.  D’ailleurs, le chapitre consacré à Caïn et Abel laisse clairement entendre qu’ils vivent en présence de Dieu.

Cela conforte le fait que seul Adam a été chassé du Jardin d’Eden.

 Dieu s’adresse à cette occasion à Caïn directement et celui-ci précise : « si tu me chasses aujourd’hui de ce sol, je serai caché à ta face […] et Caïn s’éloigna de la face du Seigneur… » (Genèse 4-14).

L’épisode Caïn-Abel comporte deux enseignements : d’abord, le châtiment ultime n’est pas de ne plus voir Dieu, mais de ne plus être vu par Lui. Et le second est que d’aller contre Sa volonté est sans pardon (« l’œil était dans la tombe et regardait Caïn »).

 Adam n’est pas cité une seule fois dans ce chapitre. On ne retrouvera son nom (Genèse 4-24) que pour avoir engendré Seth (nom du frère d’Osiris dans l’Ennéade égyptienne héliopolitainne) et enfin dans la liste des patriarches. Mais si Ève est restée en Eden, avec qui Adam a-t-il engendré Seth et des femmes, afin que les premiers couples de terriens voient le jour ?

La même question se pose pour Madame Caïn, si ce dernier a engendré.

A suivre…. Prochain épisode mercredi 19 juin

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