Promenade d’un agnostique. Chapitre trois : de l’Exode au Deutéronome

Les religions, ces structures psychosociales qui ont envahi et, pour une part, conquis le monde, influencé les rois et les peuples, ont connu des fortunes diverses, le plus souvent en relation avec leur succès à honorer leur étymologie : religion de ligare (latin pour « relier ») les fidèles entre eux. Elles ont été les facteurs des guerres le plus meurtrières, car elles promettaient au guerrier mort une vie de bonheur après sa vie terrestre et justifiaient leur cruauté par la défense de leur divinité.

Les trois religions qui, aujourd’hui, représentent la moitié de la population mondiale, procèdent du même filum : la religion Judaïque, qui a engendré le Christianisme et l’Islam, se réclament du même dieu, celui des Juifs.

L’historicité de l’existence de ce dieu, le dieu des Juifs, est attestée, pour ses fidèles, par le Livre, la Torah, à laquelle s’est ajoutée la geste Chrétienne, l’Évangile, au premier siècle et le fondement de la religion musulmane, le Coran, au VI° et VII° siècle, AD.

Bien que des commentaires, de notre temps, n’ont guère de chance d’être fondés à une exégèse de six mille ans, il demeure que ces trois monothéismes ont basé leur foi sur les références scripturaires qui nous sont parvenues.

C’est l’évocation de ces textes et des faits qu’ils ont suscités qui vous sont proposés dans ce « feuilleton » historico-religieux, par un abord aussi précis que possible (les références textuelles permettent à chacun de contrôler l’exactitude des citations, dans les livres mentionnés) et un éclairage humble et respectueux.

Que nous dit l’Exode ?

Un nouveau pharaon de la XIXème dynastie (peut être Ramsès II), s’inquiète de la prolifération des juifs en Égypte et soupçonne même qu’en cas de conflit avec une autre nation, ils pourraient s’associer à ses ennemis et prend des mesures dramatiques.

Il somme les sages-femmes des hébreux de faire mourir les nouveau-nés mâles (Exode 1-16). Comme les sages-femmes trouvent des réponses dilatoires aux injonctions de Pharaon, celui-ci ordonne à tout son peuple de jeter au Nil tous les mâles hébreux nouveau-nés.

Un enfant de la famille de Levi fut sauvé par sa mère qui le mit au fil de l’eau du fleuve dans une caisse enduite de poix et de bitume.

La fille de Pharaon, prenant un bain le trouva et décida de le garder. Elle fit chercher sa mère et la paya pour qu’elle allaite l’enfant, ce qu’elle fit pendant le temps nécessaire. La fille de Pharaon l’éleva l’ayant appelé Moïse, car elle l’avait sauvé des eaux. (Exode 2-10).

Ayant grandi, Moïse vit un égyptien frapper un hébreu. Il le tua et l’ensevelit dans le sable. Le lendemain, il vit deux hébreux se disputer et il intervint. Mais l’un d’eux lui dit « qui t’a établi juge et chef sur nous ? Penses-tu me tuer comme tu as tué l’égyptien ? »

Pharaon averti de ce meurtre, chercha Moïse, mais celui-ci s’était enfui au pays de Madian.

Jusque-là, Moïse est considéré comme un prince égyptien, du fait du subterfuge de la fille de pharaon et donc promis à régner.

S’étant assis sur la margelle d’un puits appartenant au prêtre de Madian, il vit y venir ses filles pour y abreuver leurs moutons. Comme des bergers d’une autre tribu, arrivés, les brutalisaient, Moïse les défendit et elles le conduisirent à leur père qui le reçut avec gratitude. Moïse décida de rester à Madian où il épousa Cipora, la fille ainée du prêtre, dont il eut un fils, qu’elle nomma Guershom. (Exode 2-17).

Avec ses troupeaux, Moïse parvint à la montagne de Dieu, le mont Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans une flamme au milieu d’un buisson, mais un buisson qui ne se consumait pas. Et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse, n’approche pas et retire tes sandales car tu es sur une terre sainte. Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et je t’ai choisi.

Moïse tente quelques objections, par modestie, mais Dieu a décidé ! Moïse craint alors de n’être pas cru par ses frères à son retour en Égypte et demande à Dieu son nom : « JE SUIS CELUI QUI EST » est la réponse.

« J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte. Je t’ai choisi pour délivrer mon peuple ».

C’est la première fois que la Torah mentionne la présence du peuple hébreu souffrant en Égypte.

Comme dans tout le texte sacré, Dieu n’est pas nommé.

M’écouteront-ils ? demande Moïse. « Ils t’écouteront. Tu iras avec les anciens d’Israël trouver le roi d’Égypte et vous lui direz : L’Éternel, le Dieu des Hébreux, s’est présenté à nous. Permets-nous maintenant de faire trois journées de marche dans le désert pour offrir des sacrifices à l’Éternel, notre Dieu ».

« Je sais que le roi d’Égypte ne vous laissera pas partir à moins d’y être contraint par une forte intervention. J’interviendrai et je frapperai l’Égypte par toutes sortes de prodiges que j’accomplirai au milieu d’elle. Après cela, il vous laissera partir. Je gagnerai même la faveur des égyptiens à ce peuple et, quand vous partirez, vous ne partirez pas les mains vides ».

Dès lors que Dieu a décidé que l’Exode aurait lieu, quelle valeur, même symbolique peut avoir ce passage de la Torah où Dieu met à l’épreuve le peuple égyptien, innocent de toute souillure ?

« Chaque femme demandera à sa voisine et à celle qui séjourne chez elle des vases d’argent, des vases d’or et des vêtements. Vous les ferez porter par vos fils et vos filles et vous dépouillerez les égyptiens. »

Devant les hésitations de Moïse, Dieu lui montre son pouvoir – il transforme le bâton de Moïse en serpent, puis devant la peur de Moïse, lui rend son apparence première.

Ainsi rassuré, Moïse prend le chemin du retour vers l’Égypte, avec sa femme et son fils.

Aaron son frère, le retrouve et reste avec lui.

Arrivés en Égypte, Moïse agit selon les ordres de Dieu et le peuple le croit.

Moïse et Aaron se présentent devant Pharaon, mais celui-ci refuse de laisser le Hébreux partir d’Égypte comme il le demandent et alourdit même leur corvée.

Dieu multiplie ses menaces sur l’Égypte, mais pharaon est inflexible, par la volonté même de dieu (Exode 7-3) (?).

Le cas n’est pas rare dans la Torah où le dieu d’Israël agit sur les ennemis de son peuple pour les rendre plus durs, plus déterminés vis-à-vis du peuple d’Israël, afin de les vaincre ensuite. On peut spéculer que Dieu endurcit le peuple ennemi afin que la victoire finale d’Israël, qui est aussi la sienne, soit plus glorieuse ? Ou veut-il que chaque événement décisif soit acquis au prix d’une lutte méritoire ? Ce qui rejoint la proposition précédente ?

Dieu change d’attitude et décide de frapper l’Égypte : il change les eaux du Nil en sang, puis le fleuve pullule de grenouilles. Des nuages de moustiques envahissent l’Égypte, la vermine en couvre le sol, le bétail a la peste, les hommes et les bêtes sont couverts de furoncles, une grêle tombe en trombes et tue bêtes et gens ; les sauterelles envahissent toutes les cultures qu’elles dévorent, les ténèbres cachent le soleil ; enfin, tous les premiers-nés du pays d’Égypte mourront. Du sang sera mis sur les maisons des hébreux, qui les protègeront de ce fléau.

Suivent de nombreuses prescriptions qui préfigurent « Le Lévitique », troisième livre du Pentateuque.

Et Pharaon cède et laisse partir les hébreux.

Mais Dieu endurcit de nouveau le cœur de Pharaon qui décide poursuivre les hébreux, les rattrape au bord de la mer et le peuple hébreux se révolte contre Moïse.

Un autre cas où Dieu « reconditionne » Pharaon afin qu’il poursuive les Hébreux. Mais en vain.

Le Seigneur ouvre la mer afin que le peuple d’Israël puisse fuir. Et elle se referme sur les armées de Pharaon. Dernier acte de l’histoire égyptienne de l’Exode.

Le fait que tout ne peut arriver que par la volonté de Dieu crée des situations singulières. Il envoie Moïse pour libérer les Hébreux, mais dans le même temps, il durcit le cœur de Pharaon ! Cette mise en scène n’a que l’intérêt de montrer que le dieu d’Israël est aussi puissant sur le reste du monde que sur Israël.

La marche des israélites dans le désert.

Ils arrivèrent à Elim, où il y a douze sources d’eau et 70 palmiers. Ils émirent de nouvelles protestations quand ils atteignirent le désert de Sin, pour la disette qu’ils enduraient. Dieu leur donna la manne ; qui leur permit de subsister. Pendant 40 ans, jusqu’à ce qu’ils arrivent au pays de Canaan.

On a de la peine à comprendre pourquoi cette traversée du désert dure 40 ans, quand l’Égypte et le pays de Canaan ne sont éloignés que de quelques 300km ! Mais sans doute était-ce écrit ?

 Le troisième mois après leur sortie d’Égypte ; ils arrivèrent dans le désert du Sinaï, au pied de la montagne de Dieu. Israël campa là, mais Moïse monta vers Dieu et reçut les tables de la Loi. (Exode 20-1)

 

Les Dix Commandements sont suivis des lois transmises oralement qui régissent la société d’Israël :

  • Loi concernant l’autel des sacrifices
  • Loi sur les serviteurs hébreux
  • Loi sur ceux méritant la peine de mort
  • Loi sur les coups et blessures
  • Loi sur les vols d’animaux
  • Loi sur les atteintes à la propriété
  • Lois morales et religieuses directes
  • Loi sur le respect des faibles
  • Loi sur l’année sabbatique et le sabbat
  • Loi sur les fêtes à observer en Israël
  • Promesse et instructions avant le départ

Moïse rencontre Dieu sur la montagne où il reste 40 jours et 40 nuits. (Exode 24-12)

Cet épisode est assez peu documenté.

Suivent :

 Le plan du sanctuaire, qui contient, entre autres, les instructions pour la construction de l’Arche d’Alliance, la table du pain d’offrande, le chandelier à 7 branches, la demeure sainte, l’autel des sacrifices, les tentures du parvis, les vêtements et insignes des prêtres, leur consécration de l’holocauste quotidien, l’autel du parfum, l’impôt sur le sanctuaire, la cuve pour les sanctifications, l’huile sainte, la fabrication des parfums, les ouvriers du sanctuaire, le respect du sabbat,

Le mécontentement d’Israël à l’attente du retour de Moïse rendit le peuple effervescent et il demanda à Aaron de lui procurer un ou des dieux qui les guident et Aaron fabriqua un veau d’or. Et le peuple but, dansa et se divertit sans retenue.

Le peuple d’Israël, peuple de Dieu qui a eu l’opportunité, depuis sa création, de sentir et comprendre la puissance et la rigueur de Dieu se fatigue – en quelques jours – d’attendre Moïse qui s’en est allé rencontrer leur Seigneur et se fait faire, par le propre frère de Moïse, un dieu païen pour les divertir. On peut penser que ce fragment n’est là que pour souligner l’inconstance de l’Homme.

Dieu dit à Moïse de descendre de la Montagne et d’aller annoncer au peuple le châtiment divin.

 Mais Moïse apaisa sa colère et Dieu renonça à châtier Israël.

Cependant, quand Moïse vit lui-même l’étendue de la corruption qui s’était développée en son absence, il fut pris d’une profonde colère et le châtiment qu’il appliqua fut terrible.

Après avoir rassemblé la famille de Levi, qui s’était abstenue de toute faute, il la chargea d’exécuter les meneurs ; plus de 3.000, qui furent tués cette nuit-là.

Moïse et son peuple continuèrent leur errance dans le désert et arrivèrent aux frontières de Canaan, après 40 ans depuis la sortie d’Égypte, située à moins de 300 kilomètres de là, soit 21 mètres par jour…

Moïse mourut alors, sans fouler la terre promise.

Le lévitique

 Le lévitique considère les devoirs, obligations et interdictions, avec leurs sanctions, dans les domaines de la pratique du culte,

Le lévitique édicte les lois, essentiellement en relation entre les sexes, leurs définitions et le châtiment qu’encourent ceux qui les enfreignent

  • Les bénédictions et les malédictions, les contacts qui rendent impurs,
  • Les prescriptions relatives au sang,
  • Les règles pour la vie privée des prêtres,
  • Les prescriptions alimentaires,
  • Les fêtes…

Les nombres

  • Recensement des tribus d’Israël ;
  • Les tâches des tribus et des clans,
  • Les matériels et dates des célébrations,
  • Certaines dispositions stratégiques,
  • Le droit d’héritage des femmes
  • Ordres de dieu pour le partage de Canaan,

Le Deutéronome

Les discours de Moïse

Les circonstances de sa mort.

Le « monde » de l’Ancien Testament ne peut évidemment pas être plus grand que le monde connu alors par le peuple hébreu : celui du Croissant Fertile et tous les événements ne peuvent se dérouler que dans cette étroite géographie, le Déluge inclus. Celui-ci d’ailleurs se serait produit quand l’Égypte, comme peuple, existait déjà depuis des siècles et il n’est fait mention nulle part d’un événement de cette ampleur dans l’histoire égyptienne archaïque.

Comme évoqué ci-dessus, les répétitions, les incohérences, les contradictions – même de la part de Dieu – les lourdeurs du style suggèrent que ces textes ont été écrits par de nombreux auteurs, sur une période en siècles, avant la déportation à Babylone.

Le thème de la soumission et de l’accomplissement de la volonté de Dieu laisse peu de place au libre arbitre.

Les faits saillants se suivent et surprennent le plus souvent tout le monde, Dieu inclus.

Il est évident – fréquent et normal – que beaucoup de situations ou d’anecdotes soient des mythes exemplaires visant à définir une morale et un mode de vie compatibles avec la volonté du Dieu.

L’aspect étonnant est que les traits intellectuellement inacceptables n’aient pas été aplanis par la tradition. C’est le cas dans beaucoup de mythes fondateurs, mais la plupart d’entre eux content les agissements de (ou des) dieu(x), alors que l’Ancien Testament conte d’abord l’histoire d’un peuple réel et de sa relation directe à son dieu.

Le Genèse et l’exode citent des patriarches mais aucun prophète. Dieu est à la fois démiurge, prophète, conscience, législateur, juge, exécuteur des châtiments qu’il inflige et père d’Israël.

Et Dieu n’est QUE le dieu d’Israël.

La vision hollywoodienne de Moïse (les 10 commandements, Cecile B. Demille.)

 

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Une réflexion au sujet de « Promenade d’un agnostique. Chapitre trois : de l’Exode au Deutéronome »

  1. Quel résumé ! merci papa
    QUE le dieu d’Israël. Les juifs: trop forts d’avoir pu mettre cette tradition, ce récit monothéiste par écrit. Sans doute les temps étaient-ils à regrouper le divin en UN, c’est peut-être aussi ce qui à regroupé les sémites autour d’une représentation mythique d’eux-même. En avaient-ils plus besoin que d’autres?

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