Une réussite sociale : les EHPAD

Ces établissements de « santé » pour gens âgés répondent essentiellement à l’aboutissement de deux tendances essentielles du siècle.

Le besoin de garderie, après les chats et les chiens qui ne sont plus bienvenus dans les familles, les vieux – que par ailleurs on maintient médicalement vivants par une médecine que se trompe de but : vivre vieux plutôt que vivre bien – et, deuxième obligation, pour les futurs vieux : « partir en vacances », avoir une vie socio-divertissante où les gens moins agiles, ces vieux petits enfants, n’ont pas leur place.

Les excuses ne manquent pas : d’abord, ces établissements se justifient vraiment dans certains cas (l’auteur de ce texte y a mis sa mère), le problème est que l’EHPAD est la formule obligée que les moins de 50 ans commencent à repérer, quand leurs parents sont encore en bonne santé et autonomes. Dans certains cas de pénurie de ces mouroirs, il faut quelquefois réserver une place longtemps à l’avance et certains même – c’est plus fréquent qu’on croit – ont la délicatesse d’emmener le futur pensionnaire voir l’endroit pour qu’il donne son avis et son pré-assentiment. Qu’il n’y ait pas à se battre pour l’emprisonner le moment venu.

En fait, la société a fait preuve de créativité : elle a inventé le quatrième âge.

Les seuls qui aient encore une certaine humanité, ce sont les personnels, presque toujours dévoués à leur tâche, sans quoi, ils ne tiendraient pas trois mois (c’est prouvé).

Les EHPADs sont souvent dits « médicalisés », se qui se traduit par la visite d’un médecin, une fois par semaine, et dans les établissements plus fortunés, deux. Dans les temps de surcharge hospitalière, même les SAMU ne répondent pas aux appels des EHPADs. (Également prouvé).

Au point où en sont les choses, il n’y aura pas de retour. Il n’y aura plus – sauf dans certains milieux ruraux où la grand-mère, quelques fois arrière-grand-mère s’endort au coin du feu, parmi les siens – de « fin » humaine.

Pourtant, quoi de plus naturel, quand la vie a été « vécue », qu’elle n’est plus que souffrance, que la dignité de l’être est sans cesse malmenée dans son intimité, par incapacité d’assumer les actes naturels les plus élémentaires, que « d’en sortir ? ».

Enfin, autre fait démontré : une quantité non négligeable des pensionnaires de ces lieux s’y laissent volontairement mourir, laissant ainsi place aux plus chanceux des listes d’attente.

La seule justice : tout le monde vieillit ! et un jour…

Dans la Grèce archaïque, quand les plus âgés sentaient leur temps décent achevé, ils partaient dans la montagne voisine, de leur propre initiative, et y mouraient en paix. Mais en ces temps, parler de la mort n’était pas tabou.

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