Orwell, langage et manipulations

Quand les glissements sémantiques manipulent la pensée humaine…

Il suffit que l’Homme ajoute à sa solitude n’importe quel autre être humain (quelque fois n’importe quel être vivant) pour installer son enfer.

Si Dante commence sa trilogie par l’enfer, c’est qu’il a compris ce que l’auteur de la Genèse avait compris avant lui : l’impossibilité d’éviter la faute originelle, l’impossibilité de chercher son chemin hors de l’ego. Et l’ego recherche le plaisir. Et le plaisir, quand il le déborde, détruit l’harmonie. La seule chose qui puisse alors réunifier le groupe, c’est la peur de la mort et ses filles, toutes les insécurités.

Dès lors, tout ce que les gouvernants s’évertuent à vendre à leurs électeurs, c’est une liste de priorités, toujours les mêmes, qui posent l’Homme comme un animal qui doit se satisfaire de soins organiques : la survie, la nourriture, les soins de santé, les loisirs (aboutissement social pour celui qui peut croire que s’il dispose de loisirs, c’est que les autres priorités sont satisfaites).

Toutes les structures sociales hiérarchisées, telles les familles, les entreprises, les mouvances politiques, les états, les religions, si elles se sont pérennisées, c’est qu’elles ont, pour atteindre leurs buts, les mêmes méthodes : conserver l’Homme en état de soumission par la séduction, la tromperie, la force ou la peur. Au cours de l’Histoire, ces structures hiérarchisées ont souvent trouvé des accords logiques leur donnant force de loi pour maintenir leur pouvoir. Au Moyen Age, l’Eglise maintient le peuple dans la misère par la menace de péchés capitaux, le confirmant comme esclave de la noblesse que l’Eglise décrète de « droit divin », donc dépendant d’elle, fermant ainsi le cercle « vertueux ». La Renaissance rend ces systèmes élégants, elle ne les abolit pas.

C’est la Bourgeoisie, souhaitant ardemment devenir l’élite, qui soulèvera le peuple, de nouveau instrumentalisé, pour s’attribuer le pouvoir. Cette supposée naissance de la démocratie, qui met fin au siècle des Lumières, a bien des valeurs humaines proclamées et nul n’en nie les mérites, mais aucun système politique ne pourra changer la nature de l’Homme. Ces valeurs ne l’ont pas fait.

C’est sur ce fond que naissent les Grandes Chartes, dessinées pour protéger et promouvoir l’Homme comme individu, sommet de l’échelle animale et capable de décider de son destin dans l’indépendance de pensée, la sécurité et la dignité. Noble intention. Mais formulée dans un monde où la plupart des nations vivent dans des systèmes oppressifs.

Les droits de l’homme bafoués… Par le langage

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, censée mettre à mort l’Ancien Régime conduit à l‘Empire, les « Human Rights » de 1948, sont signés par des pays qui ont des colonies esclavagistes et d’autres des systèmes politico-sociaux d’une inégalité citoyenne écrasante. D’autres encore, pleins de bonne volonté, mais avec un manque de moyens disqualifiant. Et il eut été édifiant de savoir ce que serait devenue cette bonne volonté s’ils avaient eu de grands moyens.

droits de l'homme ou droits humains

Que seront nous capable d’avaler à force de glissements sémantiques vidant les mots de leur sens réel ?

C’est le « Arbeit macht frei » qui ouvrira l’ère sémantique du glissement Orwellien. Non que le principe fut nouveau, mais la méthode, oui.

Les changements oppressifs des âges antérieurs étaient imposés par la peur ou la force. Mais le politiquement correct et l’extension formidable de la communication ne permettant plus d’oppresser tranquillement dans son coin, le processus devait évoluer : il l’a fait ! On n’impose plus à des gens effrayés, on suggère maintenant à d’autres que l’on prend pour des imbéciles, méprisant ainsi leur esprit critique. L’aspect inquiétant, compte tenu du succès de la méthode, porte sur la validité du jugement porté sur ces nouveaux soumis.

« Travailler plus pour gagner plus ». Pour que qui gagne plus ?

« Le socialisme réinventé ». Vous voulez dire : le libéralisme ?

« Vidéo protection ». C’est bien ces cameras qui surveillent, n’est-ce pas ?

« Pédagogie » pour propagande, etc.

Bientôt l’Engsoc ?

L’ère des « glissements » est née. Une ère où tous les sujets « qui fâchent » sont abordés par des euphémismes de complaisance. Lucrèce disait déjà dans son De Natura Rerum,  qu’il convient de mettre du sucre au bord de la coupe quand on fait boire une potion amère au malade. Quelle taille doit avoir la coupe et de quel tonnage de sucre faut-il disposer quand c’est d’une civilisation qu’on fait un malade et qu’on traite comme tel ?

Les Human Rights ont été proposés pour sauver les individus des exactions des psychopathes que l’Histoire suscite de temps en temps et des gouvernements composés d’êtres apparemment normaux, mais qui, sans contrepouvoirs retrouvent souvent la disharmonie induite par la nature humaine, imparfaite, qui conduit au totalitarisme.

User de glissements dialectiques pour contourner les bienfaits éventuels de ces bonnes résolutions est un crime contre l’humanité, car ce qui est bafoué, c’est le droit de chaque individu à connaitre la vérité, puisqu’il sera appelé, par son vote, a décider du futur de sa communauté, de son pays, de l’espèce. Quel intérêt peut avoir une démocratie si elle est fondée sur un climat médiatique trompeur ou inféodé à des dogmes.

Les chaines qui aliènent l’Homme sont celles de l’ignorance et quand l’ignorance des masses est un objectif programmé, il devient un crime inexpiable.

le monde social est la projection de l’humain qui ne peut projeter que ce qu’il est : un curieux mélange d’innocence, d’égoïsme, de sentiments nobles qui trouvent leurs limites aux frontières de ses intérêts, puis de ses peurs;  la peur princeps étant celle de la mort, qui n’est pas près de disparaitre, car sans cette peur fondatrice, la vie perdrait le peu de sens qu’elle a : continuer.

Et ce que nous pouvons apporter aux gens qui nous font confiance, ce n’est, mais sous beaucoup de formes, que l’acceptation de leur impermanence. Nous passons une partie importante de notre vie à accepter d’être. La sagesse vient quand nous nous rendons capable, par la Connaissance, à accepter de ne plus être.
L’amour, c’est le sucre au bord de la coupe. Sauf dans ses conséquences génitrices où il rejoint le seul sens qu’a la vie : continuer!

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