Médecine, recherche : Le retour vers la philosophie.

Dans l’antiquité gréco-romaine, la philosophie n’avait pas ce côté pensif, le menton dans la main, l’esprit navigant sur les vagues imprévisibles de l’esprit humain, seul ou en vrac qu’elle a aujourd’hui. Elle contenait tout. On était, comme philosophe, aussi bien consulté sur l’agriculture, le climat, la vie de la cité que la guerre. En somme on appelait philosophe un homme (on aurait peut-être dû s’intéresser aux femmes aussi) intelligent qui cherchait et trouvait quelques fois – les plus célèbres souvent – des solutions aux problèmes de tous ordres, y compris de santé. Mais il n’y avait que deux sciences : la géométrie et les mathématiques. Tous les autres champs de la connaissance étaient spéculatifs, édifiés sur des opinions, attitudes mentales sur lesquelles on ne peut rien construire, car elles changent avec l’avance de la connaissance vraie, celle qui se démontre en donnant aux causes les mêmes effets.

hippocrate

Hippocrate

L’une des pratiques intelligentes d’alors, la médecine, était hautement imprégnée, comme aujourd’hui, de ce qui lui refuse le statut de science achevée et certainement pour longtemps encore : l’inévitable puissance de l’opinion, qui sert de liant entres les réalités avérées et le champ immense des lacunes du savoir. Ce monde de la spéculation comme méthode d’approche de la vérité, absolu inatteignable, mais présent dans toutes les sciences, pseudo-sciences ou dogmes, ne disparaitra jamais, pour l’impossibilité de l’être humain d’acquérir la connaissance parfaite et totale. D’abord pour les limites du cerveau quelles que soient ses ambitions et l’absence de limites de l’univers.

Les connaissances – et l’efficacité – des disciplines médicales sont, comme dans la plupart des domaines de la connaissance, d’abord basées sur l’observation, des structures d’abord, de leur fonctionnement ensuite. L’invention du microscope – et ses perfectionnements permanents, comme le développement spectaculaire de la chimie, ont été – et continuent d’être – les pierres angulaires de l’approfondissement du domaine de la vie. En médecine, l’imagerie médicale et les techniques analytiques ont apporté des éléments concrets et contrôlables de la réalité anatomo-physiologiques des patients. Mais ces techniques ont aussi induit la naissance d’un paradoxe : comme tous les faits vérifiables, elles ont pris beaucoup de place – trop quelques fois – dans la construction du diagnostic. Comme il était prévisible, l’arrivée d’informations scientifiques fait reculer la part du jugement basé sur l’expérience, l’intuition, le monde des sensations du médecin devant la complexité des nombreux facteurs qui peuvent affecter un organisme. Dans de nombreux établissements hospitaliers dans le monde, un patient entrant ne voit aucun médecin avant que l’imagerie et les analyses ne « donnent leur avis ».  Il arrive même souvent que le personnel paramédical résume ces résultats au médecin, occupé ailleurs, qui indique les premiers soins ou médications avant d’avoir vu le patient. Mais ne manque en fait que la partie non « scientifique » de l’approche du diagnostic, soit le domaine de l’opinion qui se construit dans l’esprit du médecin : La part non scientifique, mais conclusive, donc essentielle.

Dans l’épidémie qui sévit en ce moment sur la planète, le public – abondamment persécuté par les médias, toujours aussi épris de sensationnalisme – s’étonne, quelque fois s’indigne, de voir des spécialistes reconnus exprimer « leur » vérité en contradiction avec leurs confrères, aussi « titrés » et expérimentés. Il ne faut pourtant pas s’en étonner, puisque leurs différences ne portent pas sur la partie « scientifique », instrumentale, de leur position (ils ont tous les mêmes informations et moyens techniques), mais sur leur opinion, démarche intellectuelle mais non scientifique qui, en fait, détermine leur action. Quand cette part disparaitra derrière de nouvelles technologies, la profession médicale disparaitra aussi, et la médecine deviendra une science.

En attendant, l’adage prêté à la relation médecin-malade qui veut qu’il s’agisse de la rencontre  « d’une conscience et d’une confiance » se trouve bien malmenée.

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