Les erreurs des civilisations.

Toutes les civilisations commettent des erreurs qui les entravent et souvent leur coûtent la survie.

La Grèce s’est endormie militairement et les penseurs, poètes et scientifiques ont offert une nouvelle civilisation aux guerriers romains. Ces mêmes romains qui, par appétit de conquête ont étendu leur tissu hégémonique jusqu’à la rupture, intérieure et extérieure et les débris de leur empire, du cinquième siècle à la renaissance, ont stagné ; sauf la puissance religieuse, dont seuls les bienfaits architectoniques trouvent grâce devant l’histoire et dont les cathédrales rendent glorieusement compte et aident à faire passer au second plan la stupidité des croisades. On allait chercher querelle – sans même encore l’excuse du pétrole – à des gens d’autres civilisations pour « libérer » le tombeau du Christ, qui, l’eut-il été, aurait bien embarrassé les faiseurs de dogme de Rome : un tombeau de Jésus de Nazareth avec quelqu’un dedans !

Le cours de l'empire - Destruction par Thomas Cole

Le cours de l’empire – Destruction par Thomas Cole

La civilisation occidentale, à part le libéralisme obligé accepté faute de mieux, est en train de commettre une erreur de perspective scientifique, aussi importante que ses prédécesseurs, qui va lui coûter fort cher, en productivité, en stabilité sociale, en niveau de vie et, plus globalement, en gouvernance, selon le principe qu’il suffit d’être vivant pour avoir le droit de vote. Aucune preuve de bon sens n’est requise.

Cette erreur est de nature scientifique. Nos éminences es-Connaissance ont décidé de livrer une bataille sans merci contre la mort. Bataille, on s’en doute, perdue d’avance ! Tous les efforts ne peuvent qu’aboutir à l’allongement de la vie. Cependant, génétique oblige, il ne s’agit pas de l’allongement par croissance de tous les segments de la vie. On reste pubère au même âge, mature au même âge, fertiles jusqu’au voisinage du même âge. On n’allonge que la vieillesse, avec les effets désastreux qu’on peut voir. On passe de la jouissance de la vie au désespoir du prix à payer pour avoir été : souvent une interminable agonie.

Depuis l’époque romaine, où la moyenne de vie était de 36 ans, les progrès de l’hygiène et de la médecine ont régulièrement, mais très lentement augmenté cette moyenne, pour arriver à 40 ans au XIX° siècle. La mortalité infantile était pour beaucoup dans ces surprenantes moyennes.  L’augmentation constante de l’espérance de vie au XX° siècle l’a portée à 65 ans. (EVSI : espérance de vie sans incapacité).

La vieillesse étant, par nature la partie la plus pénible de l’existence, de part la dégradation naturelle des systèmes, l’allonger démesurément n’a pour effet que de maintenir vivants des êtres en souffrance, souvent – de plus en plus – clients d’établissements spécialisés en attendant leur mort, qui pour beaucoup, sera une libération – dont ils n’auront pas souvent conscience – et pour leur famille « compatissante », un soulagement.

Comme il faut bien parler de réalités, les coûts engendrés par cette politique de longue vie à tout prix seraient évidemment mieux employés à la recherche de moyens et de méthodes pour que le grand âge soit bien vécu, même plus court, plutôt que supporté longtemps. D’ailleurs, les règles sociales et les capacités des intéressés les empêchent de garder une activité productive et ce poids socio-économique pour maintenir en vie des gens qui n’en ont souvent plus conscience n’est pas de l’humanisme, mais de l’entêtement. 96% de 8.000 personnes entre 50 et 60 ans consultées disent qu’elles préfèreraient ne vivre que pendant que leur état physico-mental resterait « sous leur contrôle ».

Il ne s’agirait donc pas là d’eugénisme, mais du déplacement des efforts en vue de l’allongement de la vie vers ceux destinés à la rendre plus agréable, physiquement moins douloureuse et mentalement apte à en jouir.

Le refus de la mort, fils de la peur de la mort, a toujours justifié les manœuvres désespérées – et souvent désespérantes – pour en retarder la survenue, sans se questionner sur ce que serait la volonté du sujet s’il pouvait l’exprimer ex-tempore.

Comment inverser les proportions maturité-sénilité et générer ainsi une vie apte et une vieillesse-mort rapide, c’est l’enjeu. Et là, peut-être, le génie génétique aurait son mot à dire. En l’absence d’une telle orientation, la population inactive économiquement et en proportion non négligeable sénile, sera bientôt majoritaire. Une des pré-solutions serait peut-être de ne plus fixer d’âge de la Retraite, laissée au jugement de chacun. Avant qu’on ne « gériatrise » à outrance (marché et profit obligent), la durée moyenne des retraites était sensiblement plus courte en 1950 que ces dix dernières années.

En 2000, environ 10.000.000 de retraités en France, en 2018, environ 15.000.000 !!! Dont près de 1.500.000 en totale dépendance.

L’allongement d’une fin de vie insupportable ne peut être un but humanitaire ou humaniste.

Seulement une dangereuse erreur de civilisation.

Les Grecs ont été victime de leur vision morale d’une civilisation esthétique, les Romains de leur appétit de conquêtes et la civilisation Occidentale actuelle d’une erreur de cible pour orienter ses acquisitions scientifiques concernant la vie : lutter contre la mort plutôt que contre la souffrance, prolonger la vieillesse plutôt qu’enrichir la maturité.

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