Le « grand âge », changement de paradigme.

Elle était assise au coin du feu, esquissant un vague sourire quand ses petits enfants jouaient dans la cuisine, tricotant des chaussettes de moins en moins présentables, puis ne tricotant plus rien de ses mains déformées par l’arthrose, puis l’arthrite, faisant des siestes de plus en plus longues, puis cette dernière dont elle ne s’éveillerait plus.

Elles partaient sans bruit, au chaud, parmi les leurs et si une part d’elles-mêmes était partie avant le reste, c’était à peine si cela se remarquait. Dans les derniers temps, c’était la tâche de tous, de chacun, de les aider dans les petites choses qui font la fin d’une vie.

reforme retraite macronAujourd’hui, dans les pays dits « avancés », quand le grand âge arrive, il y a longtemps que plus personne n’est là, pressés qu’ils sont de « profiter de la vie », de grimper au mat de cocagne de la réussite sociale, de « partir en vacances » en été, à Noël, à Pâques, plus cette multitude de vacances intercalaires qui font des enfants des imbéciles heureux, qui remplacent leur temps d’étude par les heures digitales. Les pauvres petits anges se « console-nt » comme il peuvent de la défection de leurs parents.

Ah, mais bien sûr, cette libération des corvées intergénérationnelles a un coût. Et comme personne ne veut – ou ne peut – le supporter, il y a les « aides » d’état, béquilles indispensables à la paix sociale. Les gouvernements successifs ayant pour mot d‘ordre : « pas de vagues ! » s’ingénient à trouver des solutions à la survie de ces anciens utiles, devenus parasites budgétaires.

Mais se maintenir dans les sondages quand ces aides d’état sont la carotte et les impôts qu’elles supposent sont le bâton, appliqués au même âne, l’équation est insoluble. Heureusement, la bonne réputation d’un pays comme la France permettant l’endettement (jusqu’à quand ?) la fuite en avant est la seule solution. Abondamment utilisée.

Mais comme toujours dans l’Histoire, ce qui est demandé aux régnants, ce n’est pas de résoudre les problèmes, de toutes façons sans solution, mais de faire avaler à leurs administrés qu’en fin de compte ils sont la cause première de leurs malheurs, ce qui ne fait pas de doute. D’où le choix électif de ces régnants sur la base de leur habileté dialectique, supérieure de loin à leur capacité à gouverner.

En fait de dialectique, celle développée par presque tous ceux qui ne sont pas (encore) concernés par le « grand-âge » vise à culpabiliser ceux qui le sont. Sous le faux prétexte de repenser les systèmes de retraite, on souligne chaque jour les coûts que génèrent l’entretien de tous ces inactifs, en oubliant que ces inactifs ont cotisé toute leur vie en vue de leur future inactivité. Ils ne reçoivent que la contrepartie de leur investissement. Pour encore souligner leur « responsabilité » dans l’affaire, on rogne sur leur retraite par des impôts sournois, ainsi sous-entendant qu’ils sont favorisés et qu’il est donc normal qu’ils « mettent du leur ».

Ne reste que la solution génétique : arranger les choses pour que, quand le cerveau, en auto-analyse, conclura au dépassement du seuil acceptable de la conscience pour un être humain, il mettra en fonction la séquence de fin de vie, édulcorée de mélatonine et de dopamine ; « on n’est pas des sauvages, tout de même ! » (Popeck).

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