La méditation.

La méditation est cet état où, dépassant l’intellectualisme et l’actualité de l’être, l’esprit, telle une coupe ouverte à une idéogénèse ni voulue, ni convoquée, ni stimulée, recueille, comme cette rosée du millième matin qu’affectionnent les alchimistes, l’eau pure distillée par le ciel, qui abreuve les fleurs et les plantes et la vie, dont elle est le solvant.

Et cet état comme tous les états de l’âme, tendu vers la coupe, donnerait à l’âme l’envie de réalité aux réflexions sur la corde d’argent, lien ténu qui rattache l’âme au monde, au corps, à l’Homme.

Mais quelle valeur aurait cette noble intention, cette quête d‘élévation si elle ne trouvait pas sa propre trace au sortir de son état de grâce, de son idéal de paix et de disponibilité lors de son retour à l’actuel, au factuel, à…l’habituel ? Elle ne serait plus qu’un songe, un rêve stérile, comparable aux paradis artificiels de la drogue ou de l’infatuité qui confond la recherche de l’amélioration de soi avec celle de l‘apologie de son narcissisme.

La méditation est stérile dès lors qu’elle n’est pas l’essence de l’humilité. On se retire en soi pour entendre, sans parasite, la voix de l’univers qui pourrait nous aider dans la compréhension de la vie, à jamais bataille perdue, du fait de l’absurdité de la mort.

devenir-egocentriqueLa méditation ne peut être un commerce avec l’univers à travers un aphorisme en définitive simpliste, une sorte de liturgie dont les mesures et les temps doivent être respectés sous peine de disqualification par l’harmonie-même but de la recherche, de la méditation.

La méditation, ce graal, n’est pas la base de la pyramide, elle en est le sommet vers lequel chaque marche doit être vécue, mentalisée, soufferte, conquise par le doute, l’écoute de soi et de l’univers, la capacité de modestie qui ne convient qu’à ceux qui ont compris leur propre insuffisance, leur arrogance devant le presque infranchissable.

Le Zen, par exemple, qui ne défend ou ne combat aucune croyance, aucune manière d’être, mais seulement cherche à être, ne suit aucune philosophie, ne cherche de réponse à aucune interrogation, mais seulement veut sentir, sans mépris pour le corps qu’il veut oublier en le domestiquant, le Zen donc, par sa position de méditation, confortable et neutre, et la vacuité de l’esprit qu’il recherche doit y parvenir et y parvient – quelques fois – quand il réalise que la recherche est inutile. Ne restent que les nuages qui passent devant les yeux clos.

Toute intériorisation qui n’est pas une préparation à l’action humaniste n’est qu’une fuite égoïste.

Tout cet intellectualisme est un fatras qui ne vaut pas, pour élever l’âme, le partage du pain avec celui qui a faim.

Chez beaucoup d’asiates, le partage du pain est une manière d’être et la méditation la jouissance de la joie paisible que ce vivre engendre. Car c’est en soi que se trouve l’oubli de qui donne et qui reçoit, et d’autres choses encore, mais jamais un remède à l’angoisse existentielle, résultat de maltraitances mentales, justiciables d’un travail de pleine conscience.

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