C’est naturel, non ?

Pierre Puvis de Chavannes, 1863, Le Travail, Musée de Picardie

Pierre Puvis de Chavannes, 1863, Le Travail, Musée de Picardie

La présence de l’outrance, la bêtise, l’inconséquence, l’injustice, l’incompréhension, le mépris, l’ignorance, l’inefficacité, la soif d’exercice du pouvoir et l’absence de jugement, d’humanisme et d’intelligence ont conduit à cet incroyablement inhumain, mortifère et socialement stérilisant système de division par âges des ressources humaines dans le monde économique, avec ses conséquences.

La religion de la jeunesse, lancée par les commerçants, dans tous les domaines, basée sur la croyance – partialement fondée – que la jeunesse est inconsciente, frivole, soumise à ses pulsions avant que de suivre la raison, menée qu’elle est par le désir de plaire, de séduire de conquérir dans tous les domaines. Cette religion-là a atteint le monde professionnel.

Mais le fondement de compétence du monde professionnel est une courbe inverse à celle de la jeunesse. C’est avec une augmentation du domaine sur soi, de l’expérience, de la capacité d’endurer, de connaitre et reconnaitre ses erreurs que le grand professionnel s’accomplit ; et cela lui demande du temps. Et tous ces patrons qui ne veulent plus que des jeunes sont en âge d’être leur père ou leur grand-père. Qu’est-ce qu’ils visent-ils donc ?

On peut être un professionnel magnifique à 25 ans, 35, 45, 55, 65, 75, et pour certains, au-delà. Ces dispositions coutumières imbéciles qui veulent que l’âge ait quelque chose à voir avec la « valeur, qui dit-on, n’attend pas le nombre des années », devraient compléter par « valeur que les années n’atteignent pas ».

En décidant un « âge de la retraite », le législateur commet un crime de lèse liberté, contre l’individu et un autre, plus technique mais socialement destructeur, en ôtant « par force » du monde productif des hommes et des femmes au sommet de leur art, avec deux mauvaises excuses : l’Homme qui avance en âge doit (qu’il le veuille ou non) se reposer et il fait ainsi place aux jeunes. Le fait qu’il doive se reposer devrait être exclusivement de son jugement et si le progrès ne forme pas, dans son avance, des jeunes dont la place est assurée, il ne sert à rien. Ces deux excuses sont donc ineptes.

L’âge auquel on peut travailler comme celui auquel on a accès à la retraite devrait être un choix personnel absolu. Chacun devrait être libre de proposer ses compétences à n’importe quel âge et décider, ses ambitions professionnelles réalisées, de se retirer de même.

Les « droits » générés par la retraite seraient ceux que chacun s’acquiert, comme dans tout système d’assurance, avec toutes les modalités d’un contrat : celui qui voudrait travailler 10 ans en versant l’intégrité de ses gains pour se livrer ensuite, dans de bonnes conditions matérielles, à d’autres choses que le travail comme entendu socialement, ou celui qui entendrait sa vie professionnelle – qui le passionne – comme une œuvre « à vie », ne devraient rencontrer aucun obstacle réglementaire à leur souhait.

De fait cela ne changerait pas la force de travail, car il ne s’agirait que d’un nouvel ordre des choses, mais le climat socio-professionnel, lui, n’aurait plus cet aspect « s’atteler à la charrue » pendant tant d’années et « s’ôter de milieu pour laisser place » le nombre d’années légales accomplies, système mécanique inhumain, déresponsabilisant et inféodant à des règles ou l’individu qui ne s’en accommode pas est socialement rejeté, quelle que soit sa valeur. Comme c’est le cas aujourd’hui pour l’Homme atteint par la limite d’âge, comme on est atteint par une maladie incurable ou une balle.

De tels changements ne se réalisent pas, car les pouvoirs, quels qu’ils soient, ne se pérennisent que si leurs effets sont tentaculaires, omniprésents et omnipotents. Cependant, depuis des milliers d’années, l’espèce humaine n’avait pas eu besoin de règles contraignantes pour que le trépied du contrat social – idées, force de travail, ressources financières – fonctionne.

Certains animaux peuvent certainement inspirer l’Homme, par leurs instincts sociaux ou leurs coutumes protectrices de l’espèce. Mais une humanité qui se dirige vers un modèle d’animaux sociaux comme les abeilles, les fourmis ou les termites peut se considérer comme en danger.

Il est intéressant de voir que ce sont les pays les plus « avancés » qui se « punissent » des règles les plus contraignantes, à coup sûr déshumanisantes, auxquelles les soumettent leur gouvernants « démocratiquement » élus.

Une nouvelle preuve de la médiocrité de la démocratie telle que pratiquée ?

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